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Saint Dorothée de Gaza et son disciple Dosithée (†1682)
Fête le 13 août

Le 13 août l'église orthodoxe célèbre la mémoire de saint Dorothée de Gaza et celle de son disciple Dosithée.

Dorothée était né à Antioche, au sein d'une famille chrétienne et fortunée. Il reçut une bonne éducation, tant ecclésiastique que dans les sciences "du dehors". Il montrait d'ailleurs une telle ardeur à l'étude, qu'il en oubliait nourriture, boisson et sommeil, ce qui porta préjudice à sa santé qui resta délicate. N'ayant de goût que pour la lecture, notamment des livres médicaux, il évita les mauvaises fréquentations et les dérèglements de la jeunesse, et il pouvait dire plus tard: "Si pour la science profane on ressent une telle soif et une telle ardeur du fait qu'on en acquiert l'habitude, combien plus pour la vertu!". Renonçant de bonne heure au monde, il entra au monastère d'abba Séridos, près de Gaza, et s'abandonna en toute confiance aux deux saints Vieillards, Barsanuphe et Jean. Bien qu'il désirât un détachement total, les Anciens, tenant compte de sa faiblesse et de son état de santé, lui laissèrent la disposition d'une petite propriété de famille et la possession des livres qu'il avait apportés au monastère. Comme il ne pouvait entreprendre de grandes mortifications et se trouvait assailli par des pensées d'impureté, saint Barsanuphe lui prodigua consolation et conseils. Il lui recommanda de ne pas se laisser gagner par le désespoir, qui ferait la joie du diable et, lui permettant l'usage d'un peu de vin, il lui prescrivit de faire son possible pour retrancher la volonté de la chair, en portant tous ses efforts sur l'ascèse intérieure du cœur, afin d'acquérir les vertus les plus précieuses: l'humilité, l'obéissance, la componction, la compassion envers tous les hommes et le souvenir continuel de Dieu. Encouragé par les Anciens et assisté par la grâce du Christ, Dorothée put ainsi écraser tous ses ennemis. Il enseignait par la suite que le retranchement de la volonté propre est le raccourci qui permet de parvenir au terme de la perfection. En effet, en s'habituant à renoncer à sa propre volonté, d'abord dans les petites choses, puis en toute activité, on obtient le détachement, et du détachement on parvient, Dieu aidant, à une parfaite impassibilité. Et il répétait fréquemment cette parole des Pères: "Quiconque est parvenu à retrancher la volonté propre est parvenu au lieu du repos".

Un jour qu'il était assailli par une tristesse écrasante et intolérable venant du démon, et qu'il se tenait dans la cour du monastère, découragé et suppliant Dieu de venir à son secours, Dorothée vit soudain un mystérieux personnage, ayant l'aspect d'un évêque, entrer dans l'église. Ille suivit et le vit se tenant en prière, les mains tendues vers le ciel. Quand il eut achevé sa prière, l'homme se tourna vers le jeune moine, qui était rempli d'effroi, et lui frappant la poitrine, il répéta à trois reprises le verset psalmique : J'ai attendu ardemment le Seigneur, et il m'a prêté attention, il a exaucé ma supplication ... (Ps 39). Aussitôt le personnage disparu, le cœur de saint Dorothée se trouva rempli de lumière, de joie, de consolation et de douceur, et depuis cette heure, il ne fut plus jamais assailli par l'acédie, la tristesse ou la crainte'. Inquiet de cette paix, qui semblait contredire la Sainte Écriture enseignant qu'il faut passer par bien des tribulations pour parvenir au Royaume de Dieu, il s'en ouvrit à Jean le Prophète, qui le rassura en disant: "Tous ceux qui se livrent à

6. Nous utilisons ici largement l'introduction à ses Œuvres spirituelles dans la série Sources Chrétiennes (SC 92, 9-29). 7./nstruction X, 105, SC 92,341.

8./nstructions V, 67, SC 92, 263-265.

l'obéissance des Pères, possèdent cette insouciance et ce repos"9. En effet, saint Dorothée ne manquait pas de rapporter toute pensée aux Anciens. Et dès qu'il inscrivait une pensée pour la leur soumettre, il en ressentait déjà soulagement et profit=.

Assigné à la garde de la porte du monastère et à la réception des hôtes, il fut en plus mis au service d'abba Jean le Prophète. Pouvant ainsi désormais interroger directement l'Ancien, il tira grand profit de ses enseignements pour progresser dans la connaissance des mouvements de l'âme. Après quelque temps, on lui confia la tâche difficile et accaparante d'installer et d'administrer l'infirmerie du monastère, qui avait été construite grâce aux dons de son frère selon la chair. Admirablement préparé à cette fonction par ses études médicales, il s'y adonnait avec zèle et complet renoncement. Du matin jusqu'au soir, il se trouvait sollicité non seulement par le soin des malades, mais aussi par toutes sortes d'autres affaires qui le divertissaient du souvenir de Dieu et de l' hésychia. Il fut tenté à plusieurs reprises de quitter le monastère pour aller mener la vie érémitique, mais saint Jean l'en dissuada, lui disant que celle-ci était pour certains occasion d'orgueil et de chute, et que ce qui lui convenait était la "voie moyenne" de l'obéissance et de la charité: "en gardant l'humilité dans l' hésychia et la sobriété dans les tracas des affaires"". Il ajouta: "Avoir un commandement et s'appliquer à le garder, c'est à la fois soumission et souvenir de Dieu"12.

Saint Barsanuphe avait promis à Dorothée que s'il observait ses commandements de fuir les plaisirs, la liberté de langage, les vaines conversations, et de garder la charité envers tous ainsi que le souvenir de Dieu, il prendrait sur lui ses fautes et ses manquements pour qu'il soit compté parmi ses "vrais enfants qui sont sous la protection divine"13. On lui confia la formation spirituelle du jeune Dosithée, qui grâce aux recommandations de Dorothée parvint rapidement à la perfection, avant de remettre son âme à Dieu.

Après la mort de Jean le Prophète et d'abba Séridos, et la réclusion complète de saint Barsanuphe, saint Dorothée alla fonder, avec l'aide de Dieu, son propre monastère entre Gaza et Maïouma. Il y dirigea ses disciples dans l'esprit qu'il avait reçu de ses Pères, Barsanuphe et Jean, avec délicatesse, discernement et charité, en insistant davantage sur le retranchement de la volonté propre et l'humilité, que sur les grandes ascèses corporelles. C'est là que ses disciples recueillirent par écrits ses Instructions Spirituelles, dans lesquelles il joignait la sobriété de l'expression à une si grande sagesse, que ce traité est considéré comme un des ouvrages fondamentaux de la tradition monastique orthodoxe. Il est aussi la seule relique qui nous reste du saint, dont on ignore la date précise de la mort et le lieu de la sépulture.

Saint Dorothée exhortait sans relâche ses moines à demeurer unis les uns aux autres par la charité, et leur donnait cette image: "Supposez un cercle tracé sur la terre, c'est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas, et un centre. Imaginez que ce cercle, c'est le monde ; le centre, Dieu; et les rayons, les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l'intérieur, ils se rapprochent les uns des autres; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s'approchent de Dieu. Et vous comprenez qu'il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l'extérieur : il est évident alors que plus on s'éloigne de Dieu, plus on s'éloigne les uns des autres, et que plus on s'éloigne les uns des autres, plus on s'éloigne aussi de Dieu".

• Mémoire du vénérable Dosithée, disciple de saint Dorothée, mort en paix au monastère d'abba Séridos.

Alors que saint Dorothée se trouvait à la tête de l'infirmerie du monastère, abba Séridos lui présenta un jour un adolescent portant l'habit militaire, d'un aspect gracieux et très délicat peu coutumier chez les rudes habitants du désert. Il était page d'un puissant général et avait mené jusque-là une vie d'une grande mollesse, sans jamais entendre prononcer un mot sur Dieu. Des soldats lui ayant décrit la Ville Sainte, il avait obtenu la permission d'entreprendre un pèlerinage aux Lieux saints, en compagnie d'amis du général qui prenaient grand soin de lui. Parvenu à Gethsémani, il visita une église où se trouvait une représentation du Jugement Dernier. Comme, dans son ignorance, il se demandait ce que cette scène signifiait, une femme majestueuse, vêtue de pourpre, apparut à ses côtés et lui donna des explications sur les différentes catégories de châtiments. Saisi de componction, le jeune garçon lui demanda ce qu'il fallait faire pour échapper à ses tourments. Elle lui répondit: "Jeûne, ne mange pas de viande, prie continuellement, et tu échapperas aux châtiments." Dosithée s'exécuta aussitôt, avec un zèle qui inquiéta son entourage pour sa santé. Les soldats de son escorte lui dirent que s'il voulait mener ce genre de vie, il ne convenait pas qu'il reste dans le monde, mais qu'il était préférable de se retirer dans un monastère. Sur sa demande, ils le conduisirent donc au monastère d'abba Séridos.

Aux questions de Dorothée, l'enfant ne savait que répéter ces mots: "Je veux être sauvé!" Séridos l'accepta, avec la bénédiction de saint Barsanuphe, et le confia à saint Dorothée pour sa formation monastique. Faisant preuve d'un discernement achevé, Dorothée le laissa d'abord manger à sa faim, puis lui enseigna à restreindre peu à peu sa nourriture, de manière à rester toujours un peu en deçà du rassasiement. Dosithée était très habile dans toutes les tâches qu'on lui confiait, et servait les malades à la satisfaction de tous. S'il lui arrivait pourtant de s'impatienter contre l'un d'eux et de dire un mot avec humeur, il laissait toute activité et courait, en pleurs, dans le cellier, d'où il ne ressortait qu'après avoir reçu remontrance et pardon de son père spirituel. Il révélait la moindre de ses pensées à Dorothée, qui ne le laissait jamais s'attacher à une affaire ou à un objet quelconque. Un jour que Dosithée lui avait apporté un bon couteau pour le service de l'infirmerie, Dorothée lui dit : "Vrai, Dosithée, il te plaît? N'as-tu pas honte de vouloir ce couteau pour maître plutôt que Dieu?" Il sermonna longuement son disciple qui se tenait sans rien dire, les yeux baissés, et lui donna l'ordre de ne plus jamais toucher à ce couteau.

Le bienheureux Dosithée vécut ainsi cinq années au monastère, dans une totale obéissance, sans jamais avoir fait en quoi que ce fût sa propre volonté. Atteint de phtisie, il entendit dire que les œufs mollets sont bons pour ceux qui crachent le sang. Comme Dorothée, par suite de ses occupations, n'avait pas pensé de lui-même à lui en apporter, obsédé par cette pensée, Dosithée la lui révéla, en demandant cependant que cette consolation, qui satisferait une volonté propre, ne lui soit point accordée. Au plus fort de la maladie, il gardait le souvenir de Dieu et répétait sans cesse la prière: Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi! et par intervalles: Fils de Dieu, viens à mon aide! Quand Dorothée venait le visiter, il lui demandait : "Alors, Dosithée, comment va la prière ? Tient-elle toujours?" Celui-ci répondait: "Oui, seigneur, par tes prières." Quand il fut accablé et devenu si faible qu'on le portait dans un drap, à la même question de son Ancien, il répondit : "Pardon, seigneur, je n'ai plus la force de la soutenir." Dorothée reprit: "Laisse donc la prière; souviens-toi seulement de Dieu et pense qu'Il est devant toi." Comme il souffrait beaucoup, il fit demander au Grand Vieillard de le laisser partir, mais saint Barsanuphe l'exhorta à la patience, gage de la miséricorde divine. Quelques jours après, Dosithée lui fit dire qu'il était à bout de force. Le saint Vieillard lui répondit alors: "Vas-en paix ! Prends place auprès de la Sainte Trinité et intercède pour nous." Ignorant son admirable conduite dans l'ascèse de l'obéissance, les moines du monastère, qui avaient longtemps lutté dans les jeûnes et les veilles, furent scandalisés par cette réponse de Barsanuphe. Mais un jour, un grand et saint Ancien, de passage au monastère, ayant prié Dieu de lui révéler les saints qui y reposaient, les vit tous, rangés en chœur, avec un jeune garçon au milieu d'eux. Quand il décrivit sa vision aux Pères et leur demanda quel était ce jeune homme, tous reconnurent que c'était Dosithée, et ils glorifièrent Dieu qui lui avait accordé de parvenir à la perfection en un temps si court.

Sources : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos
et site Orthodoxos Synaxaristis
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