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"Or Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, vit deux frères, Simon appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient leurs filets dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : Suivez-moi et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Et quittant aussitôt leurs filets, ils le suivirent."
L'évangile de Jean décrit autrement la vocation de ces apôtres. Ceci nous enseigne que ce n’est ici que leur seconde vocation, et on peut le démontrer encore par plusieurs autres circonstances. Jean indique en effet expressément que ces deux disciples se sont approchés de Jésus avant l’emprisonnement de Jean le Baptiste. Et ce que Matthieu rapporte ici, ne s’est fait qu’après qu’on l’eût mis en prison.
L'évangile de Jean nous dit qu’André appela Pierre, alors qu'il est marqué ici que Jésus les appela tous deux. Jean écrit que Jésus voyant Pierre qui venait à lui, lui dit : "Vous êtes Simon, fils de Jonas, vous serez appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre." (Jn 1,42) Et Matthieu dit qu’on l’appelait déjà de ce nom : Jésus, dit-il, "voyant Simon qui était appelé Pierre."
On peut encore prouver la même chose par le lieu où Jésus les appelle, et par plusieurs autres circonstances ; comme aussi par leur obéissance si prompte et par le renoncement qu’ils font de tout ce qu’ils possèdent, ce qui suppose qu’ils étaient déjà suffisamment instruits. Jean nous fait voir qu'André vint trouver Jésus où il logeait, et qu’il apprit de lui beaucoup de choses, au lieu qu’ici Jésus ne leur dit qu’une parole, et ils le suivent aussitôt.
Il est assez vraisemblable que l’ayant déjà suivi auparavant, ils le quittèrent ensuite ; que, lorsqu’ils virent Jean en prison, ils s’en retournèrent exercer leur profession dans leur pays ; et que ce fut là que Jésus les trouva jetant le filet dans la mer.
Lorsqu’ils voulurent le quitter d’abord, il ne les en empêcha pas, et il ne les rejeta pas pour toujours parce qu’ils l’avaient déjà abandonné. Après avoir condescendu à leur faiblesse, il revient une seconde fois à eux pour les convertir et les gagner à lui, ce qui est le meilleur moyen de réussir dans la divine pêche des âmes.
Mais voyez la foi et la docilité des disciples. C’est pendant qu’ils jettent leurs filets, c’est au milieu de leur travail que Jésus leur parle ; or, vous savez combien la pêche est une occupation astreignante, et, à peine ont-ils entendu son ordre, qu’ils le suivent sans différer, sans hésiter. Ils ne disent pas : nous allons seulement jusqu’à la maison, pour faire les derniers adieux à nos proches.
Ils quittent tout dès l’heure même et font ce qu’Élisée fit autrefois à l’égard d’Élie. C’est ainsi que Jésus exige de nous une obéissance prompte et parfaite, et qui exclut tout retard quand même les empêchements les plus forts nous retiendraient. C’est ainsi qu’un autre de ses disciples l’ayant prié de le laisser aller ensevelir son père, il le lui refusa, pour nous apprendre que de toutes les œuvres la plus nécessaire c’est de le suivre. Si, vous me dites que la promesse qu’il leur faisait était grande, je vous répondrai que je les en admire davantage, eux qui, sans avoir encore vu aucun miracle de Jésus, ne laissèrent pas d’ajouter foi à une si grande promesse et de tout quitter pour le suivre. Car ils crurent que les mêmes paroles qui avaient été comme l’hameçon qui les avait pris, leur serviraient d’un hameçon à leur tour, pour prendre et convertir un jour tous les autres hommes. Ce fut donc là la promesse qu’il fit à Pierre et à André ; car pour Jacques et Jean, il ne leur promet rien de semblable, parce que l’exemple de l’obéissance de ces deux premiers leur avait déjà comme ouvert le chemin de la foi ; d’ailleurs ils avaient déjà entendu de grandes choses sur le compte du Sauveur. Mais considérez avec quelle exactitude l’Évangile nous marque leur pauvreté !
"De là s’avançant il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans une barque avec leur père Zébédée, qui raccommodaient leurs filets ; et il les appela. Et aussitôt, quittant leurs filets et leur "père, ils le suivirent."
Ils étaient si pauvres, que ne pouvant avoir des filets neufs, ils étaient contraints de raccommoder leurs vieux pour s’en servir comme ils pourraient. Or ce n’est pas une preuve médiocre de vertu, chez ces hommes, que de supporter facilement la pauvreté, que de vivre de leur travail dans un métier légitime, que d’être unis ensemble par le lien de la charité ; que d’avoir avec eux leur père pauvre qu’ils servaient et qu’ils nourrissaient.
"Et Jésus allait par toute la Galilée enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l’Évangile du royaume, et guérissant toutes sortes de maladies et de langueurs parmi le peuple." Aussitôt que Jésus eut pris ses disciples, il commença à faire des miracles en leur présence, pour autoriser ce que Jean avait dit de lui. Il entrait souvent dans les synagogues pour montrer aux Juifs qu’il n’était pas un séducteur ni un ennemi de Dieu, mais qu’il n’était venu en ce monde que pour suivre l’ordre et le dessein de son Père. Il ne se contentait pas de prêcher dans les synagogues, mais de plus il faisait des miracles.