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Jésus grand prêtre

Épître aux Hébreux, chapitre IV versets 14 à 16 et chapitre V versets 1 à 6

saint Jean Chrysostomesaint Jean Chrysostome commente ici un passage de l'Épître aux Hébreux, Chapitre IV versets 14 à 16 et chapitre V versets 1 à 6  : " 4, 14 Ayant donc un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de foi.
15 Car nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché.
16 Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune.
5,1 Tout grand prêtre, en effet, pris d'entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés.
2 Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu'il est lui-même également enveloppé de faiblesse,
3 et qu'à cause d'elle, il doit offrir pour lui-même des sacrifices pour le péché, comme il le fait pour le peuple.
4 Nul ne s'arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron.
5 De même ce n'est pas le Christ qui s'est attribué à soi-même la gloire de devenir grand prêtre, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ;
6 comme il dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech."

Extraits des Homélies VII et VIII sur l'épître aux Hébreux

Oui : la parole de Dieu est le mieux affilé de tous les glaives ; elle perce les âmes ; elle leur porte des coups mortels et leur fait de mortelles blessures. Ce qu'il dit là, il n'est pas nécessaire qu'il le démontre, qu'il le prouve et qu'il l'établisse ; l'exemple qu'il cite en dit assez. À quelle guerre en effet, sous quel glaive ont-ils succombé ? Ne sont-ils pas tombés d'eux-mêmes ? Si nous n'avons pas souffert autant qu'eux, ne soyons pas exempts de crainte : tant que nous pouvons dire "aujourd'hui", relevons-nous et réparons nos forces.
Après avoir ainsi parlé, de peur que ses auditeurs, en apprenant ces châtiments de l'âme, ne restent froids et languissants, il ajoute à ces châtiments des peines corporelles, en faisant entendre que Dieu, armé du glaive spirituel de sa parole, fait comme un souverain qui punit ses officiers coupables de quelque grande faute. Il leur ôte le droit de servir dans ses armées, il leur ôte leur ceinturon et leur grade, et les condamne à une peine proclamée par la voix du crieur public.
Puis, à propos du Fils, il laisse tomber ces mots terribles : "celui auquel nous parlons" : c'est-à-dire, celui auquel nous devons rendre compte. Ainsi ne nous laissons pas abattre, ne nous décourageons pas.

Ce qu'il a dit suffisait bien pour nous instruire ; mais pour lui, ce n'est point assez et il ajoute :

Verset 14 Ayant donc un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de foi.
Il veut par là soutenir notre courage et voilà pourquoi il ajoute : "nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses."
C'est encore pour cela qu'il disait plus haut : "lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché.", il est à même de secourir ceux qui sont éprouvés. Vous voyez qu'il a toujours le même but. Ce qu'il dit là revient à dire : la voie dans laquelle il était entré était encore plus rude que la nôtre ; car il a fait l'expérience de toutes les misères humaines. Il avait dit : "Nulle créature ne lui est cachée", pour faire allusion à sa divinité. Mais, lorsqu'il arrive à l'Incarnation, il prend un langage plus modeste et plus humble. Nous avons, dit-il, "un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux" et il montre sa sollicitude pour défendre et protéger les siens, pour les préserver de toute chute.

Moïse, dit-il, n'est pas entré dans le repos de Dieu ; mais lui, il y est entré, et comment ? Je vais vous le dire. Que l'apôtre n'ait tenu hautement dans aucun passage, le langage que je lui prête, il n'y a rien d'étonnant à cela. C'est pour qu'ils ne croient pas avoir trouvé dans l'exemple de Moïse un moyen de défense, qu'il attaque indirectement Moïse lui-même ; c'est pour ne pas avoir l'air de l'accuser, qu'il ne dit pas tout cela ouvertement. Car si, malgré sa discrétion, ils lui reprochaient de parler contre Moïse et contre la Loi, ils se seraient récriés bien davantage, s'il avait dit : le lieu de repos dont je parle ce n'est pas la Palestine, c'est le ciel. Mais il ne se repose pas entièrement du soin de notre salut sur le grand prêtre ; il veut aussi que nous agissions de notre côté : il veut que nous demeurions fermes dans la foi dont nous avons fait profession.

Verset 15 "Car nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché."

Qu'entend-il par-là ? Il veut dire que nous devons croire fermement à la résurrection, à la rémunération, aux biens innombrables que Dieu nous promet, à la divinité du Christ, à la vérité de notre foi : voilà les croyances dans lesquelles nous devons rester fermes. Ce qui prouve d'une manière évidente que la vérité est là ; c'est le caractère de notre grand prêtre.
Nous ne sommes pas encore tombés ; restons fermes dans notre foi quand les événements prédits ne seraient pas encore arrivés, restons fermes dans nos croyances : s'ils étaient déjà arrivés, ce serait un démenti donné aux livres saints. S'ils tardent à s'accomplir, cela prouve encore que les livres saints disent la vérité. Car notre pontife est grand.

— "nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses". Il ne peut pas ignorer notre situation, comme tant de pontifes qui ne savent pas quels sont ceux qui sont dans l'affliction, qui ne savent pas ce que c'est que l'affliction. Car chez nous autres hommes, il est impossible que l'on connaisse les tribulations de celui qui est persécuté, si l'on n'a pas fait soi-même l'épreuve du malheur, si l'on n'a pas souffert. Notre pontife à nous a tout souffert. Il a souffert, il est monté aux cieux ; pour compatir à nos douleurs :
Il "a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché."
Voyez comme il revient sur ce mot "comme nous" ; c'est-à-dire qu'il a été persécuté, conspué, accusé, tourné en ridicule, attaqué par la calomnie, chassé et enfin crucifié.

– "Il a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché.". Il y a encore ici une chose qu'il fait entendre, c'est que les souffrances ne sont pas incompatibles avec l'innocence, et que sans péché on peut souffrir.
C'est pourquoi quand il dit "en prenant un corps semblable au nôtre", l'apôtre ne veut pas dire que cette ressemblance fut absolue, il a voulu seulement parler de l'Incarnation. Pourquoi donc ces mots : "Comme nous ?" Il a voulu faire allusion à la faiblesse de la chair, il s'était fait homme "comme nous", matériellement par là ; mais, en ce qui concerne le péché, sa nature n'était pas la nôtre.

Verset 16 "Approchons donc avec confiance pour recevoir cette miséricorde que nous demandons".

Quelle est cette miséricorde, ce trône de la grâce ? C'est ce trône royal dont il est dit : "Le Seigneur a dit, à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied(1)". C'est comme s'il disait : Marchons avec confiance, puisque nous avons un pontife exempt de péché, qui a vaincu le monde. "Ayez confiance", dit-il, "j'ai vaincu le monde (2)" ; ce qui veut dire qu'il a connu toutes les souffrances, sans connaître le péché. Mais si nous sommes soumis au péché et s'il en est affranchi, comment ferons-nous pour nous présenter avec confiance ? C'est qu'il s'agit ici du trône de la grâce et non du tribunal suprême.

Verset 16 "Approchons, donc avec confiance", dit-il, "pour recevoir cette miséricorde que nous demandons".

Cette miséricorde est de la munificence ; c'est un don royal : "Et afin d'y trouver le secours de sa grâce, quand nous le demanderons à propos". Il a raison de dire : "Quand nous le demanderons à propos". Approchez-vous de lui maintenant ; il vous fera grâce et miséricorde, parce que vous arriverez à temps. Mais si, vous vous présentez aujourd’hui, c'est inutilement ; votre arrivée est inopportune ; vous ne pouvez plus vous présenter devant le trône de la grâce. Vous pouvez comparaître devant ce trône, tant qu'il est occupé par le souverain dispensateur des grâces, mais une fois que les temps sont accomplis, voilà votre juge qui se dresse devant vous !

"Levez-vous, mon Dieu", dit le Psalmiste, "et venez juger la terre (3)".

Disons encore avec l'apôtre : "Approchons-nous avec confiance", c'est-à-dire, sans avoir de reproche à nous faire, sans hésitation ; car celui qui a quelque chose à se reprocher, ne peut pas se présenter avec confiance. C'est pourquoi il est dit ailleurs :
"J'ai exaucé votre prière faite en temps opportun, et je vous ai secouru au jour du salut(4)". En effet, si ceux qui pèchent, après avoir reçu le baptême, ont la ressource de la pénitence, c'est là un don de la grâce : ne croyez point, parce que vous avez entendu dire que Jésus est un pontife, qu'il reste debout ; saint Paul dit qu'il est assis, quoique le prêtre ordinairement ne soit pas assis, mais se tienne debout. Vous voyez que, s'il a été fait pontife, ce n'est pas là un don de la nature, mais un don de la grâce, un effet de son abaissement volontaire et de son humilité.

Disons, il en est temps encore : Approchons-nous de lui avec confiance et demandons. Nous n'avons qu’à lui offrir notre foi ; il nous accordera tout. Voici le moment des libéralités ; qu'on ne désespère pas de soi-même. Il sera temps de désespérer, quand la salle sera fermée, quand le roi sera entré pour voir ceux qui sont assis au festin, quand les patriarches auront reçu dans leur sein ceux qui en sont dignes. Mais aujourd'hui ce n'est pas l'heure du désespoir. Le théâtre est encore là ; c'est encore le moment du combat la palme est encore incertaine.

Hâtons-nous donc. C'est Paul qui nous le dit : "Pour moi, je ne cours pas au hasard (5)" Il faut courir et courir, avec ardeur.

Saint Paul s'attache maintenant à démontrer combien le Nouveau Testament est préférable à l'Ancien, combien il lui est supérieur, et il commence par exposer les raisons sur lesquelles il se fonde. Sous la loi nouvelle, rien ne parle aux sens, il n'y a pas de représentation matérielle, point de temple, point de saint des saints, point de prêtre revêtu de l'appareil sacerdotal, point de cérémonies légales ; tout est plus élevé, tout est plus parfait. Rien pour le corps ; tout pour l'esprit. Or, ce qui est du ressort de l'esprit ne frappe pas les âmes faibles comme ce qui parle aux sens ; voilà pourquoi l'apôtre tourne et retourne son sujet de mille manières. Voyez combien il est habile. Il nous représente d'abord le Christ comme prêtre, il ne cesse de lui donner le nom de pontife ; et il part de là pour nous montrer combien il diffère des autres pontifes.
Il donne la définition du prêtre, il nous montre les caractères et les symboles du sacerdoce réunis dans la personne du Christ. Ce qu'on pouvait lui objecter, ce qui lui faisait obstacle, c'est qu'il n'était ni d'une haute naissance, ni d'une tribu sacerdotale, ni revêtu d'un sacerdoce terrestre. On pouvait donc craindre d'entendre sortir de quelques bouches cette question : Comment se fait-il qu'il soit prêtre ? Eh bien ! Paul procède ici comme dans l'épître aux Romains(6). Il s'était chargé de soutenir une thèse difficile ; il fallait prouver que la foi opère des effets que n'ont pu opérer la loi, ni toutes les peines et tous les travaux qu'elle imposait. Pour montrer que cet effet s'est produit et qu'il pouvait se produire, il a recours à l'exemple des patriarches et il remonte aux temps anciens. C'est ainsi qu'il entre dans la seconde voie suivie par le sacerdoce, en citant d'abord les anciens pontifes. De même qu'à propos des peines infligées aux méchants, Il a cité à ses auditeurs non seulement la géhenne, mais encore l'exemple de leurs pères ; de même ici il commence par leur rappeler les faits présents à leur mémoire. Au lieu de leur montrer le ciel, pour les faire croire aux choses terrestres, il fait le contraire, en considération de leur faiblesse. Il expose d'abord les points de contact que le Christ peut avoir avec les autres pontifes, pour montrer ensuite la supériorité qu'il a sur eux. La comparaison est donc à l'avantage du Christ ; puisque sous certains rapports, il y a ressemblance et affinité entre eux et lui, tandis que sous d'autres points de vue, il leur est supérieur. Autrement, à quoi aboutirait cette comparaison ?

Chapitre V verset 1 "Tout grand prêtre, en effet, pris d'entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés.

Voilà une condition qui se rencontre dans le Christ, comme dans les autres. "Est établi pour les hommes, en ce qui tient au culte de Dieu". Même observation. "Afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour le peuple". Cela est encore ; jusqu'à un certain point, commun au Christ et aux autres.

Mais il n'en est pas ainsi du reste :
Verset 2 "Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu'il est lui-même également enveloppé de faiblesse".

Voilà déjà un avantage que le Christ a sur les autres pontifes.

"Comme étant lui-même environné de faiblesse, et

Verset 3 à cause de cette ignorance, "il doit offrir pour lui-même des sacrifices pour le péché, comme il le fait pour le peuple.

Puis il ajoute : Il a reçu le pontificat, mais-il ne s'est pas fait lui-même pontife. Il a encore cela de Commun avec les autrespontifes.
Verset 4 "Nul ne s'arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron."

Ici c'est autre chose qu'il s'applique à démontrer, il fait voir que le Christ est l'envoyé de Dieu. C'est ce que le Christ ne cessait de dire, en conversant avec les juifs : "Celui qui m'a envoyé est plus grand que, moi(7)".
Et ailleurs : "Je ne suis pas venu de moi-même". Selon moi, ces paroles font allusion aux pontifes juifs qui envahissaient le sacerdoce au mépris de la loi.

Verset 5 "De même ce n'est pas le Christ qui s'est attribué à soi-même la gloire de devenir grand prêtre, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré"

Quand donc a-t-il été institué et ordonné pontife ? Aaron, .en effet, a été souvent institué et ordonné pontife, par la verge, par le feu du ciel, qui consuma ceux qui voulaient lui ravir le sacerdoce. ici, rien de pareil : non seulement il n'est pas arrivé malheur aux faux pontifes, mais ils sont en bonne odeur. Comment donc saint Paul. prouve-t-il l'ordination de Jésus-Christ ? Par les prophéties. Son pontificat n'a rien de matériel et ne tombe pas sous les sens. Ce qui prouve sa dignité de pontife, ce sont les prophéties, la prédiction de ce qui devait arriver, "c'est celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui". Ces paroles se rapportent-elles au Fils de Dieu ? Sans doute, c'est de lui qu'il s'agit ici. Mais quel rapport ces paroles ont-elles avec la question qui nous occupe ? Elles en ont un très-grand. C'est la démonstration anticipée qu'il a été institué et ordonné pontife par Dieu même.

Verset 6 "comme il dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech."

A qui s'appliquent ces paroles ? Quel est ce pontife qui est selon l'ordre de Melchisédech ? Nul autre que le Christ. Tous en effet étaient soumis à là loi ; tous observaient le sabbat ; tous étaient circoncis. Il ne peut être ici question que du Christ.

Ne voyez-vous pas qu'il s'agit ici de l'incarnation réelle ? Ce qu'il dit là le fait assez entendre. Dites-moi : ne demandait-il point à son Père d'être préservé de la mort ; n'était-il pas attristé par cette perspective de la mort ? Ne disait-il pas : "Que ce calice, s'il est possible, s'éloigne de mes lèvres ?" Mais, pour ce qui est de la résurrection, il n'a jamais prié son Père ; au contraire, il dit lui-même tout haut : "Renversez ce temple, et dans trois jours, je le relèverai".
Et il dit encore : "Je puis déposer la vie et la reprendre ; personne ne me l'ôte ; c'est moi-même qui la déposé (8)".
Qu'est-ce donc et pourquoi priait-il?
Et il disait aussi : "Nous allons à Jérusalem, et le Fils de Dieu sera livré aux princes des prêtres et. aux scribes qui le condamneront à mort et le livreront aux gentils ; afin qu'ils le tournent en dérision, qu'ils le fouettent et le crucifient ; et il ressuscitera le troisième jour(9)". Il n'a pas dit : Mon Père me fera ressusciter. Comment donc peut-on dire qu'il le priât pour le faire ressusciter ? Mais pour qui priait-il ? Pour ceux qui avaient cru en lui. Ce que dit l'apôtre revient à ceci : Il n'a pas de peine à se faire exaucer. Comme ses auditeurs ne se faisaient pas une juste idée du Christ, il dit qu'il a été exaucé, en tenant le langage que le Christ tenait lui-même, pour consoler ses disciples : "Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez, parce que je vais trouver mon Père qui est plus grand que moi (10)". Comment donc ne s'est-il pas glorifié lui-même, ce Dieu qui a été assez dévoué pour s'annihiler, pour se livrer lui-même ? "Il s'est sacrifié pour nos péchés(11)", dit l'apôtre. Et ailleurs : "C'est lui qui s'est livré, pour nous racheter tous (12)" Qu'est-ce donc ? Ne voyez-vous pas que c'est le Dieu fait chair qui s'humilie ? Aussi, quoiqu'il fût le Fils de Dieu, a-t-il été exaucé, en considération de son respect pour son Père. Il veut montrer, en effet, que l'œuvre qui s'est accomplie a été opérée par lui plutôt que par la grâce de Dieu. Tel était son respect filial et sa piété, dit l’apôtre, que Dieu son Père le respectait. Il a appris à obéir à Dieu. Il montre encore quels sont les fruits de la souffrance. "Et étant entré dans la consommation de sa gloire, il est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent". Or, si lui qui était le Fils de Dieu a profité de ses souffrances. pour apprendre à obéir, à plus forte raison nous autres devons-nous mettre à profit un semblable. apprentissage. Voyez-vous comme il s'étend sur l'obéissance, afin de parvenir à les persuader ? Ils m'ont tous l'air en effet d'être fort disposés à secouer le frein et à se révolter. C'est ce que saint Paul fait entendre par ces mots : "Votre attention s'est refroidie" : ses souffrances, dit-il, lui ont appris à obéir à Dieu. Et il est entré dans la consommation de sa gloire par la souffrance. C'est donc là ce qui parfait l'homme, et la souffrance est le chemin de la perfection. Non seulement il s'est sauvé lui-même, mais il a sauvé les autres.

Verset 11 "Étant entré dans la consommation de sa gloire, il est devenu l'auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent, Dieu l'ayant déclaré pontife ; selon l'ordre, de Melchisédech ; sur quoi nous aurions beaucoup de choses à dire, qui sont difficiles à expliquer, à cause de votre lenteur et de votre peu d'application pour les entendre".

Avant d'en venir aux deux espèces de sacerdoce, il reprend ses auditeurs en leur montrant qu'il abaisse son style pour descendre jusqu'à eux, et qu'il les traite comme des enfants à la mamelle ; par conséquent il prend un ton plus humble, approprié aux choses de la chair et il parle du Christ, comme on parlerait d'un homme juste.

Et nous aussi, instruisons-nous. En apprenant que cet homme n'est ni gentil, ni juif, n'allez pas en conclure qu'il est chrétien. Car les manichéens et les hérétiques de toutes sortes ont pris le masque du christianisme pour tromper les âmes simples. Mais, si nous sommes exercés à distinguer le bien du mal, nous pourrons appliquer ici notre discernement. Or quels moyens avons-nous de nous exercer ? Nous n'avons qu'à écouter sans cesse la parole de Dieu, et qu'à nous fortifier dans la connaissance de l'Ecriture sainte.

Car, lorsqu'on recherche les choses de Dieu ; on obtient aussi nécessairement les biens terrestres, s'il faut en croire la vérité éternelle dont ce sont là les paroles. Recherchons donc les choses de Dieu, pour ne pas tout perdre.
Dieu peut nous toucher et nous rendre meilleurs, par la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Amen

Notes
(1) cf Psaume 110-109 verset
(2) cf Évangile selon saint Jean, chapitre XVI, verset 33
(3) cf Psaume 82-81 verset 8
(4) cf Livre d'Isaïe chapitre XLIX verset 8
(5) cf Première Épître aux Corinthiens chapitre IX, verset 26
(6) cf Épître aux Romains chapitre IV
(7) cf Évangile selon saint Jean, chapitre VIII, verset 42.
(8) cf Évangile selon saint Jean, chapitre II, verset 19, et chapitre X, verset 18
(9) cf Évangile selon saint Mathieu chapitre XX verset 19.
(10) cf Évangile selon saint Jean, chapitre XIV verset 28.
(11) cf Épître aux Galates chapitre Ier, verset 4
(12) cf Première Épître à Timothée chapitre II, verset 6.

Ce texte est extrait de la série des commentaires de saint Jean Chrysostome sur l'épître aux Hébreux 7e et 8e Homélies.

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